Les indicateurs de vulnérabilité au retrait-gonflement des argiles
Un défi majeur lié à l’adaptation au changement climatique
Les mouvements de sol induits par le retrait-gonflement des argiles constituent un risque majeur en raison de l’ampleur des dégâts matériels qu’ils provoquent, notamment parce qu’ils touchent la structure même des bâtiments.
Lorsqu’un sol est argileux, il est fortement sensible aux variations de teneur en eau. Ainsi, il se rétracte lorsque l’eau s’évapore en période sèche et gonfle lorsque l’apport en eau est plus important en période pluvieuse ou humide. Il s’agit du phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA). Ces fortes variations de teneur en eau dans le sol créent des mouvements de terrain différentiels sous les constructions et entrainent des dommages. Or, une grande partie du sol français se situe en zone argileuse. Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) a cartographier l’exposition au phénomène RGA des sols argileux selon 4 classes : Hors argile, Faible, Moyen et Fort. Les surfaces exposées représentent plus de 400 000 km².

Nombre de km² au sol exposés au risque RGA en France métropolitaine.
Ce phénomène, qui s’amplifie avec le changement climatique, engendre chaque année des dégâts matériels considérables et concerne plus particulièrement les maisons individuelles, car souvent leurs fondations moins profondes que celles des bâtiments collectifs les exposent à ce risque. Par ailleurs, en France métropolitaine, 54% des maisons individuelles sont construites dans des zones d’aléas moyen et fort.
Le phénomène RGA représente 38% de la sinistralité du dispositif d’indemnisation des catastrophes naturelles, soit le premier poste d’indemnisation du régime pour les particuliers et la première cause de sinistralité pour les maisons individuelles au titre de l’assurance construction (garantie décennale).
Pour orienter et organiser efficacement l’action publique, collective et individuelle, il est crucial d’identifier et de quantifier ce risque à l’échelle de chaque maison individuelle.
Notre mission avec la Base de Données Nationale des Bâtiments est d’accompagner tous les acteurs de la transition écologique en leur fournissant des données de référence pour répondre aux enjeux d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.
À cette fin, nous publions une série d’indicateurs issus de la recherche du CSTB à ce sujet pour :
- identifier les bâtiments les plus vulnérables au risque RGA,
- proposer des pistes d’amélioration pour réduire ce risque.
🔬 Travaux de recherche
Ces travaux constituent une première mise à disposition de résultats intermédiaires issus de la recherche menée par le CSTB sur la vulnérabilité des bâtiments au retrait-gonflement des argiles.
Dans cette première version, la BDNB met à disposition plusieurs indicateurs permettant de caractériser certains facteurs de vulnérabilité des maisons individuelles face au RGA. Ces indicateurs peuvent d’ores et déjà être mobilisés par les acteurs souhaitant mieux comprendre, analyser ou prioriser cette problématique.
À ce stade, ces indicateurs sont fournis séparément : ils ne constituent pas encore une évaluation globale de la vulnérabilité du bâti, et leur poids relatifs dans l’exposition au risque RGA n’est pas encore évalués.
Les travaux de recherche se poursuivent afin de construire, dans une prochaine étape, un indicateur agrégé de vulnérabilité. Celui-ci visera à produire une appréciation globale du niveau de vulnérabilité des maisons individuelles, à partir des indicateurs actuellement disponibles et d’autres indicateurs complémentaires à venir.
Ce document présente la table batiment_groupe_vulnerabilite_retrait_gonflement_argile, publié à partir du millésime 2026-02.b de la BDNB.
Ces indicateurs sont disponibles dans la version experte de la BDNB.
La table de vulnerabilité au retrait-gonflement des argiles
La table de vulnérabilité au retrait-gonflement des argiles a pour objectif d’identifier les maisons individuelles présentant des caractéristiques susceptibles d’accroître leur vulnérabilité à ce phénomène.
Attention
Cette table est expérimentale et pourra évoluer au fur et à mesure de l’avancement des travaux de recherche menés par le CSTB, notamment dans le cadre du projet Risques Associés aux Mouvements de Sols et Solutions : https://www.cstb.fr/toutes-les-actualites/retrait-gonflement-des-sols-argileux
Par conséquent, la structure de la table, ainsi que les noms et les types de certaines colonnes, sont susceptibles d’être modifiés dans les futurs millésimes de la BDNB. Des indicateurs supplémentaires seront ajoutés au fur et à mesure des avancées de la recherche à ce sujet.
Cette table rassemble plusieurs indicateurs considérés comme particulièrement importants pour caractériser la vulnérabilité des maisons individuelles au risque de retrait-gonflement des argiles :
L’aléa argile : selon la localisation du bâtiment, l’intensité de l’aléa peut être qualifiée de faible, moyenne ou forte. Aucune valeur n’est renseignée lorsque la maison n’est pas située dans une zone exposée à cet aléa.
La mitoyenneté du bâtiment : une maison mitoyenne à une ou plusieurs constructions voisines est généralement considérée comme moins vulnérable à ce phénomène.
L’élancement : il correspond au rapport entre la plus grande et la plus petite dimension de l’emprise au sol de la maison. Un élancement élevé est associé à une vulnérabilité plus importante. Cet indicateur est disponible sous la forme d’une valeur numérique ainsi que d’une classification en trois niveaux : faible, moyen et fort.
L’irrégularité en plan : elle correspond au rapport entre la surface de l’emprise au sol de la maison et celle de l’enveloppe convexe englobant cette emprise. Plus l’irrégularité est importante, plus la vulnérabilité potentielle du bâtiment est élevée. Cet indicateur est disponible sous la forme d’une valeur numérique ainsi que d’une classification en trois niveaux : faible, moyen et fort.
Les matériaux des murs : cet indicateur décrit les principaux matériaux constitutifs des murs porteurs du bâtiment. Certains matériaux sont plus vulnérables au phénomène.
Fiche méthode
Elancement
Lors du calcul de l’élancement, pour les emprises au sol dont la géométrie est complexe, les dimensions sont issues de la boite enveloppante minimale.

Exemple de la géométrie d’un bâtiment (en rouge), de sa boite enveloppante (en vert) et des dimensions utilisées pour calculer l’élancement.
$$ r_{\text{élancement}}= \frac{\text{Hauteur boîte enveloppante}} {\text{Largeur boîte enveloppante}} $$
Classification
Faible : $$r_{\text{élancement}} < 0.5$$
Moyenne : $$ 0.5 \leq r_{\text{élancement}} < 1 $$
Forte : $$ r_{\text{élancement}} \geq 1 $$
Les seuils sont déterminés à partir de la distribution de l’élancement observée sur l’ensemble des maisons individuelles.

Distribution du nombre de maisons individuelles selon les 3 niveaux d’élancement et les 3 niveaux d’aléa RGA.
Irrégularité en plan
$$ r_{\text{irrégularité}} = \frac{\text{Surface géométrie}} {\text{Surface surface convexe}} $$

Exemple de la géométrie d’un bâtiment (en orange) et de son enveloppe convexe (en bleu).
Classification
Faible : $$ 0.95 < r_{\text{irrégularité}} \geq 1 $$
Moyenne : $$ 0.85 < r_{\text{irrégularité}} \geq 0.95 $$
Forte : $$ r_{\text{irrégularité}} \geq 0.85 $$
Les seuils sont déterminés à partir de la distribution de l’irrégularité observée sur l’ensemble des maisons individuelles.

Distribution du nombre de maisons individuelles selon les 3 niveaux d’irrégularité en plan et les 3 niveaux d’aléa RGA.